Le vélo n’a jamais été aussi visible dans les villes françaises. Pistes cyclables, vélos à assistance électrique, vélotaf ou loisirs du week-end : la pratique s’est installée durablement dans les habitudes de déplacement.
Mais cette progression s’accompagne aussi d’un enjeu de sécurité routière de plus en plus important. Alors que la mortalité routière globale a fortement diminué sur le long terme, celle des cyclistes suit une trajectoire différente.
Les chiffres définitifs de 2024 permettent de mesurer précisément le phénomène.
224 cyclistes tués en France métropolitaine en 2024
Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, 224 cyclistes ont perdu la vie sur les routes de France métropolitaine en 2024.
Ils représentent ainsi environ 7 % des 3 193 personnes décédées sur les routes métropolitaines cette année-là.
Le chiffre est presque stable par rapport à 2023, lorsque 221 cyclistes avaient été tués. Mais l’évolution sur cinq ans est nettement moins favorable : en 2019, on comptait 187 décès à vélo.
Entre 2019 et 2024, la mortalité cycliste a donc augmenté d’environ 20 %.
Les données issues des fichiers BAAC peuvent être étudiées plus localement grâce à l’observatoire des accidents de la circulation, qui permet notamment de consulter les accidents corporels enregistrés par territoire et les types de véhicules impliqués.
Environ 40 500 cyclistes blessés en une année
Les décès ne constituent qu’une partie de l’accidentalité cycliste.
L’ONISR estime qu’environ 40 500 cyclistes ont été blessés en 2024 en France métropolitaine.
Parmi eux, près de 2 500 ont subi des blessures graves et environ 38 000 des blessures légères ou modérées.
Les cyclistes représentent ainsi 16 % de l’ensemble des blessés graves de la circulation.
Plus inquiétant encore, ils représentent environ 20 % des personnes blessées qui conserveront des séquelles un an après leur accident.
Ces données rappellent qu’un accident à vélo, même lorsqu’il n’est pas mortel, peut avoir des conséquences importantes.
Le risque de mortalité reste supérieur à celui de la voiture
Comparer simplement le nombre de décès entre automobilistes et cyclistes serait trompeur, car les volumes de déplacements ne sont évidemment pas comparables.
L’ONISR rapporte donc également les décès au temps passé dans chaque mode de transport.
Selon son bilan 2024, le risque de mortalité à vélo est environ quatre fois supérieur à celui observé en voiture lorsqu’il est rapporté au temps passé à se déplacer.
Cela ne signifie pas que chaque trajet à vélo soit extrêmement dangereux, mais que le cycliste bénéficie de beaucoup moins de protection physique en cas de choc.
Une carrosserie, des airbags et des dispositifs de retenue séparent l’automobiliste de l’extérieur. Pour un cycliste, le corps absorbe beaucoup plus directement les conséquences d’une collision ou d’une chute.
La moitié des cyclistes tués ont au moins 65 ans
L’âge constitue l’un des enseignements les plus marquants des statistiques 2024.
Les personnes âgées de 65 ans ou plus représentent environ la moitié des cyclistes décédés.
Plus largement, les cyclistes de 55 ans et plus représentent 71 % des personnes tuées à vélo, alors qu’ils ne constituent que 34 % de la population.
La tranche des 65 ans et plus concentre également environ un quart des cyclistes gravement blessés.
Cette surreprésentation peut avoir plusieurs explications : fragilité physique plus importante en cas de chute, pratique de loisirs plus fréquente dans certaines classes d’âge ou utilisation croissante du vélo électrique.
Le vélo électrique apparaît désormais clairement dans les statistiques
Le développement des vélos à assistance électrique modifie progressivement le profil des déplacements.
En 2024, 32 utilisateurs de VAE sont morts sur les routes, soit environ 14 % de l’ensemble des cyclistes tués.
C’est trois décès de plus qu’en 2023.
Les deux tiers de ces décès se sont produits en agglomération. Parmi les utilisateurs de VAE décédés, les 65-74 ans constituent la tranche d’âge la plus représentée, avec 10 morts en 2024.
Le vélo électrique rend la pratique accessible à davantage de personnes et permet de parcourir plus facilement des distances importantes, mais il peut également entraîner des vitesses moyennes supérieures à celles d’un vélo traditionnel.
Les accidents ne nécessitent pas toujours une collision avec une voiture
Autre chiffre surprenant : une proportion importante des accidents graves à vélo n’implique aucun autre usager.
En 2024, 83 des 224 cyclistes tués sont décédés dans un accident sans tiers, soit environ 37 % de la mortalité cycliste.
Ces accidents sans tiers concentrent même 63 % des cyclistes gravement blessés.
Une chute dans un virage, une perte de contrôle, un obstacle sur la chaussée ou un malaise peuvent donc suffire à provoquer un accident très sérieux.
Parmi les cyclistes décédés sans implication d’un autre usager, 57 % sont morts hors agglomération.
Quand un autre véhicule est impliqué, la voiture reste le principal antagoniste
En 2024, 141 cyclistes sont morts dans un accident impliquant un autre usager.
Parmi eux, 80 sont décédés dans une collision impliquant une voiture particulière, 28 dans un accident avec un poids lourd et 17 avec un véhicule utilitaire.
Le bilan 2024 se distingue notamment par 11 décès supplémentaires de cyclistes dans des accidents impliquant un poids lourd par rapport à l’année précédente.
Les différences de masse et de gabarit rendent évidemment ce type de collision particulièrement dangereux.
À Paris, près d’un véhicule accidenté sur cinq est un vélo ou un VAE
L’exemple parisien montre à quel point le vélo occupe désormais une place importante dans l’accidentalité urbaine.
En 2024, Paris a enregistré 4 191 accidents corporels, ayant fait 4 825 victimes.
Parmi les 7 093 véhicules impliqués dans ces accidents, 1 310 étaient des vélos ou des vélos à assistance électrique.
Ils représentent ainsi 18,5 % de l’ensemble des véhicules impliqués.
Les statistiques détaillées des accidents de la route à Paris montrent que les vélos arrivent derrière les voitures particulières, qui représentent 38,3 % des véhicules impliqués, et les deux ou trois-roues motorisés, à 25,2 %.
Attention toutefois : être impliqué dans un accident ne signifie absolument pas en être responsable. Ces statistiques mesurent seulement la présence des différents véhicules dans les accidents corporels enregistrés.
La mortalité cycliste progresse surtout en ville
En 2024, 108 cyclistes sont morts en agglomération, soit une hausse de 14 % par rapport à 2023 et de 19 % par rapport à 2019.
À l’inverse, la mortalité cycliste a diminué sur les routes hors agglomération.
Cette évolution montre que la sécurité du vélo devient progressivement un enjeu urbain majeur.
La multiplication des cyclistes signifie naturellement davantage d’exposition. Elle renforce aussi la nécessité d’adapter les infrastructures, les intersections et la cohabitation entre automobilistes, cyclistes, poids lourds et piétons.
Une tendance différente de celle des autres usagers
Sur la période 2019-2024, la mortalité cycliste a progressé en moyenne de 3,7 % par an.
Pendant la même période, la mortalité des autres catégories d’usagers de la route a diminué en moyenne de 0,6 % par an.
Cette divergence constitue probablement le chiffre le plus révélateur.
Le développement du vélo représente un changement profond dans les mobilités françaises. Mais l’amélioration de sa sécurité devra désormais progresser aussi vite que son usage.
Les données montrent en tout cas qu’il ne suffit plus de considérer les accidents de vélo comme un phénomène marginal : avec 224 morts, environ 2 500 blessés graves et une mortalité en hausse de près de 20 % depuis 2019, le sujet est désormais pleinement intégré aux grands enjeux de sécurité routière.
2 réflexions au sujet de “Accidents impliquant des cyclistes : quelles tendances observe-t-on en France ?”